Bien Habiter la Terre Autrement #2 | Loger la Patagonie ouvrière

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Que devient le logement quand une ville grandit à la vitesse d’un chantier industriel ?

 

Dans le cadre de la mission “Bien habiter la Terre autrement”, Clément a étudié Añelo, ville en Patagonie argentine, qui a explosé avec le développement du gisement de pétrole de Vaca Muerta. Tout comme El Chocón avant elle (cité ouvrière planifiée pour le barrage hydroélectrique dans les années 1970), Añelo connaît une croissance démographique massive, des infrastructures sous tension et une production de logements largement dictée par les besoins de l’industrie.

La ville compte désormais des dizaines de milliers de résidents permanents et accueille, selon les périodes, une population de travailleurs bien plus importante encore. Dans ce contexte, une autre question s’impose : peut-on “construire” beaucoup… sans vraiment “habiter” ?

Le logement n’est plus un “chez-soi”, c’est un actif

Dans un territoire tiré par l’extraction, le logement est pensé comme un actif à rentabiliser vite, avec une logique d’occupation maximale. Le symbole le plus parlant est le modèle du “lit chaud” : deux ouvriers se relaient sur 24 heures dans un même logement. On ne vend pas un espace à habiter, mais du repos optimisé. On peut se demander où se situe la dignité résidentielle dans cette recherche d’efficacité industrielle…

Le logement se réduit à une fonction: récupérer pour retourner travailler.

Autre élément important : le client n’est pas l’habitant, c’est l’entreprise. Le logement fonctionne comme une offre B2B, gérée et facturée comme un service. Autour de ce dernier se contruit tout un écosystème : cantine, blanchisserie, maintenance, parfois production d’énergie, voire transport. Le logement devient une plateforme multiservices où la rentabilité ne vient pas seulement des murs, mais de l’ensemble des services associés.

Conséquence : les espaces communs ne sont pas pensés comme des lieux de vie, mais comme des outils de valorisation, souvent organisés selon le statut. La convivialité recule au profit du protocole et de l’efficience.

 

   

 

 

Urbanisme du provisoire : produire vite, déplacer plus tard

Vaca Muerta impose ses rythmes : les fronts d’exploitation bougent, les besoins se reconfigurent, les pics de main-d’œuvre montent et descendent. Dans ce contexte, Añelo se développe souvent via des réponses conjoncturelles plutôt que par une planification structurée.

Cette réalité explique le succès des constructions modulaires préfabriquées : produites en atelier, assemblées en quelques semaines, pensées pour être robustes, standardisées et potentiellement “déplaçables”. Le logement devient une infrastructure mobile, pas un ancrage.

 

 

 

Habiter selon son statut

On ne loge pas tout le monde ensemble. Ouvriers du bâtiment, opérateurs de terrain, personnel managérial : chacun ses immeubles, ses équipements, ses standards. Et la hiérarchie s’exprime jusque dans des détails qui frappent : ameublement, literie, serviettes, savon… Cette organisation est présentée comme pragmatique pour éviter tensions et conflits, mais elle produit une ville fragmentée, où l’on “habite” d’abord une position sociale.

De plus, tandis que des complexes s’auto-équipent pour garantir le fonctionnement attendu par les entreprises, une partie des habitants permanents vit encore avec des raccordements insuffisants, voire dans des logements inachevés. Le territoire produit de la richesse énergétique, mais elle ne se traduit pas automatiquement en confort quotidien pour tous.

Il faut toutefois souligner que pour de nombreux travailleurs venus de régions plus pauvres, l’arrivée à Añelo peut représenter une amélioration réelle (climatisation, eau potable, sécurité). Il y a parfois un premier sentiment de reconnaissance. Mais avec la hausse des revenus et l’organisation syndicale, les attentes évoluent : meilleure literie, isolation phonique, Wi-Fi, espaces de repos. Le logement devient alors un levier de négociation, au même titre que les salaires.

 

 

Découvrez Añelo et El Chocón* en vidéo !

 

*El Chocón : cité ouvrière planifiée à la fin des années 1960 pour la construction de la plus grande centrale hydroélectrique de Patagonie. La ville provisoire du chantier s’est muée aujourd’hui en Villa El Chocón, village pérenne doté d’équipements publics (école, hôpital, logements, piscine,…). Le complexe a transformé le paysage semi-aride en barrage, centrale et lac artificiel. Pendant le pic (1968–1972), la ville dépassait 5 000 habitants ; elle en compte moins de la moitié à ce jour.

 

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🔜​ À suivre…

Petit aperçu en images du prochain article “Bien Habiter la Terre Autrement” : Clément vous emmène au Pérou et au Chili. Restez attentifs !

     

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