Bien Habiter la Terre Autrement #3 | L’habitat progressif : innovation sociale ou désillusion ?

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Et si un logement n’était plus pensé comme un produit livré achevé, mais comme une infrastructure capable d’évoluer avec ses occupants ?

Face à l’urbanisation rapide et à la crise mondiale de l’accès à un logement abordable, l’habitat dit “progressif” apparaît comme une réponse pragmatique et économique à ces besoins massifs.

Dans le cadre de la mission « Bien Habiter la Terre Autrement », Clément a étudié cette approche sur le terrain, au Chili et au Pérou, là où certains projets ont aujourd’hui plusieurs décennies de recul. L’enjeu est d’analyser ce que l’habitat progressif produit concrètement sur la durée et comment il souhaite concevoir des logements capables de s’adapter à des trajectoires de vie.

Pour y voir plus clair, focus sur 2 exemples :

  • PREVI à Lima au Pérou
  • Quinta Monroy à Iquique au Chili

 

À l’origine du concept, l’habitat progressif comme compromis urbain et social

Il se définit comme une stratégie de production de logement abordable basée sur un “incrémentalisme encadré” : un premier noyau habitable est fourni par l’État ou un opérateur, qui laisse volontairement des vides à combler, à construire ou à densifier par les habitants eux-mêmes.

L’idée centrale est que le logement ne doit pas être livré comme un produit fini, mais soutenu comme un processus : les habitants peuvent ainsi décider, construire et adapter leur logement selon leurs moyens et leurs besoins (agrandissement, adaptation, reconfiguration).

Plus qu’une technique, c’est une vision du développement urbain, très utilisée en Amérique latine, qui accepte que la ville se construise dans le temps et cherche un équilibre réaliste entre un État souvent défaillant, un marché du logement trop cher et les capacités réelles des habitants.

 

 

PREVI : une utopie encadrée par l’Etat

Dans les années 1970, Lima connaît une explosion démographique liée à l’exode rural. Afin de stopper le développement d’auto-constructions illégales, le gouvernement péruvien lance un concours d’architecture visant à concevoir des prototypes de logements évolutifs et industrialisables.

Le défi est de produire un habitat dense, bas et peu coûteux, qui puisse accueillir les familles dans un cadre urbain cohérent, tout en laissant la possibilité d’étendre le logement.

Le projet PREVI (Proyecto Experimental de Vivienda), un quartier expérimental, est né ! Près de 1500 unités y sont construites, chacune livrée avec une structure minimale : une salle d’eau, une cuisine rudimentaire, 1/2 pièces, et des espaces vides pensés pour la croissance future.

Cinquante ans plus tard, PREVI constitue un cas d’étude mondialement cité. Son tissu urbain piéton, sa densité (environ 43 logements/hectare) et son intégration d’équipements publics ont souvent été salués.

 

             

 

Cependant, l’absence de suivi institutionnel après la livraison a entraîné de fortes dérives. Les habitants ont transformé leur logement en fonction de leurs moyens, souvent sans encadrement technique. L’esthétique d’origine s’est fragmentée, et des désordres structurels sont apparus.

L’enseignement de PREVI est que l’habitat progressif ne fonctionne pas sans accompagnement durable des habitants. La liberté d’évolution peut produire autant de solutions que de problèmes…

 

 

Quinta Monroy : de la demi-maison à la pleine ambiguïté

Le projet Quinta Monroy, porté par le collectif Elemental, répond à un défi concret : reloger 100 familles sur un site central d’Iquique malgré un budget très contraint. Pour le relever, l’équipe a proposé une approche radicale : construire la moitié d’une maison, mais une moitié de qualité, pensée pour accueillir l’évolution future, et laisser aux habitants la possibilité de compléter leur logement progressivement…

Chaque logement livré mesure 30 m² et comprend une structure en béton, une cuisine, une salle d’eau, une toiture, une cage d’escalier et une double hauteur. Le reste, jusqu’à 72 m², est laissé à l’initiative des habitants. Au lieu de dépenser 7 500 $ pour une maison de mauvaise qualité de 36 m², il a été préférable de construire une demi-maison de qualité, que les gens pourraient compléter eux-mêmes.

 

 

Ce modèle fait aujourd’hui débat : il repose sur une responsabilisation individuelle des habitants, sans accompagnement technique suffisant et sans traiter les inégalités de départ. Certains logements ont été étendus avec succès, mais d’autres souffrent d’ajouts précaires, de problèmes de ventilation, voire de désordres structurels. La diversité des résultats souligne l’inégalité des capacités d’adaptation.

L’enseignement de Quinta Monroy est que le fait de « donner la liberté” aux habitants sans compenser les inégalités de départ peut produire des trajectoires d’habitat à plusieurs vitesses…

 

   

 

Le travail mené par Clément ne conclut pas que l’habitat progressif est une mauvaise idée. Il montre plutôt une vérité simple : il peut être une innovation sociale forte si la progressivité est encadrée, accompagnée et sécurisée. Sans cela, il peut devenir une désillusion, parce qu’il expose les habitants aux risques, aux inégalités et au “bricolage” subi.

 

 

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🔜​ À suivre…

Petit aperçu en images du prochain article “Bien Habiter la Terre Autrement” : Clément vous emmène en Egypte. Restez attentifs !

 

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